Raul Marchisio, Interview sans Drifter

Raul Marchisio, Interview sans Drifter

Ref. 111826

Raul Marchisio, qu’on appelle avec affection « Le professeur » est un amoureux inconditionnel du monde automobile, mais aussi des gens. Un public fidèle, qui le suit et pour lequel Raul est toujours disponible. Dès lors, réussir une interview prend un peu figure de challenge. Nous avons eu la chance de le rencontrer pendant le salon Top Marques et traverser le salon pour rejoindre l’espace lounge en sa compagnie s’est révélé assez épique. Très sollicité, cet homme au sourire accroché en permanence sur son visage ne refuse jamais un autographe ou un selfie.
C’est dans ce cadre exceptionnel, entouré de super cars que nous avons eu la chance d’échanger quelques mots avec Raul. Véritable personnage, intarissable d’histoires et d’anecdotes, il est captivant. Sa jovialité italienne est contagieuse, mais le plus impressionnant reste sa carrière. Un parcours impeccable, tout en glisse, normal pour ce professionnel du drift et qui s’accompagne surtout d’une  philosophie très positive.

Raul Marchisio
Retour sur son enfance, ses premières courses, ses victoires, son accident ou encore sa société de vente automobiles qui, depuis 27 ans, met sur le marché de véritables perles rares.

Annonces Automobile : Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Raul Marchisio : Je suis Raul, un italien, né dans le Piémont en 1969. Ma vie a toujours été liée à l’automobile et cela dès ma naissance puisque je suis né dans un taxi, sur le chemin de l’hôpital, probablement un signe du destin. Ma mère était elle-même fan de vitesse. Les voitures m’ont toujours fasciné et cela a commencé avec les voitures radiocommandées. Je les assemblais et j’ai même été embauché par un vendeur de modèles réduits, chez moi, dans le Piémont, alors que je n’avais que 11 ans, pour l’aider à les assembler. Je me rappelle encore de la manière dont je faisais drifter mes voitures radiocommandées entre la cuisine et la salle à manger…

J’étais vraiment impatient de pouvoir conduire réellement. Parfois je prenais la voiture de ma mère, c’est comme ça qu’à 12 ans et demi je suis rentré dans un mur avec sa voiture.

Je n’étais pas vraiment passionné par l’école et ce que je voulais, c’était faire de la course automobile. À 12 ans et demi, j’ai arrêté l’école et j’ai commencé à faire les marchés pour gagner de l’argent et pour m’acheter un karting.

Avec mon père, on allait acheter des pull-overs en Toscane tous les lundis et un des marchands avait un karting à vendre. À chaque fois, je rêvais de l’acheter. J’ai finalement réussi à convaincre mon père de l’acheter et je le paierai. Quand cela est finalement arrivé, mon père accrocha le karting au mur. Ce n’est pas ce que je voulais et avec mon cousin, on a amené le karting sur le circuit de Mondovi et c’est comme ça que j’ai commencé, j’avais à peine 15 ans. Je faisais les 40 km avec mon Piaggio pour aller rouler et puis un jour, le propriétaire du circuit m’a proposé de faire une course, il m’a aidé et j’ai gagné. On m’a ensuite proposé de faire une autre course que j’ai gagnée. Le problème c’est que mon père ne le savait pas. Quand il a découvert cela, il était furieux et a vendu mon karting. Très en colère, j’avais décidé de quitter le pays et de prendre de la distance avec mon père.

Je suis revenu sur ma décision quand on m’a proposé de devenir pilote officiel pour l’équipe d’Italie mais je suis avant tout un passionné de voiture. Toute ma vie, j’ai cherché à être en contact, à vivre avec des voitures, à conduire des voitures extraordinaires.

Raul MarchisioRaul Marchisio

Annonces Automobile : Quel est votre parcours en compétition ?

Raul Marchisio : Mon parcours en compétition a évidemment débuté avec le karting. 
J’ai gagné ma première course, puis les victoires se sont enchainées. Cela a continué quand j’ai couru sous les couleurs du Club 
Azzuro (l’équipe italienne de karting) puis j’ai fait quelques courses du Championnat du monde.

Après 3 ou 4 ans, j’ai décidé de faire du rallye. En fait, c’est ce que je rêvais de faire depuis toujours. Et puis je dois te dire, le rallye cela coûte beaucoup moins cher que le circuit. Mon premier rallye, en 1987, je l’ai fait avec l’Opel Corsa de ma mère et pour moi, je réalisais mon rêve. J’ai pu réunir un petit budget et j’avais déjà dans la tête l’idée de faire le championnat avec la Fiat Uno turbo, ce qui représentait à l’époque le top.

Avec quelques copains et beaucoup d’astuces, on a préparé la voiture pour être compétitif. 

Après un an, j’avais assez d’argent de côté pour m’acheter la Uno Turbo et j’ai décidé d’arrêter mes autres activités et de me lancer dans la compétition. Cela a fonctionné puisque j’ai été champion régional des rallyes et j’ai gagné la Classic sur une Fiat UNO turbo en 1989. C’était une période de fou, il y avait autour de 40 voitures au départ et on partait juste après le grand championnat, donc on avait une bonne visibilité. 

C’était marrant, car tout le monde venait me voir et me disait que je ne pouvais pas piloter comme ça, que c’était impossible ou dangereux. Je n’ai pas écouté et j’ai fait ce que je voulais faire, à ma manière et ça a marché. Comme quoi, il ne faut pas toujours écouter tous ces pilotes. Une fois le casque sur la tête, ils sont moins forts. Après avoir gagné le championnat avec la Uno Turbo, je suis devenu pilote pour la marque Lancia à seulement 21 ans. C’est cette année là, en 1990, que j’ai gagné le championnat avec la Fiat Uno Turbo et la dernière course du championnat sur Lancia Delta. J’étais alors le plus jeune pilote usine Lancia. J’ai donc couru pour Lancia en 1991 et 1992, puis pour Audi en 1994 et Rénault en 1995…

Raul Marchisio

Annonces Automobile : En 1996, tout change, que s’est-il passé ?

Raul Marchisio : Oui, effectivement, tout change en janvier 1996. Alors que je me rends de Monaco où j’habite à Monza, j’ai un accident stupide, je recule sur le parking d’une aire de repos et je tombe dans un ravin. Après 1h30 avec l’avant de la voiture dans la rivière, les secours me retrouvent et je termine à l’hôpital avec 62 points de suture, car j’avais la tête complètement ouverte. Je n’ai pas eu de grosses blessures à part celle à la tête. Le plus grave, c’est que je me suis retrouvé avec seulement 15 % de champs de vision et j’ai mis  un an et demi à guérir en faisant de la rééducation visuelle.

Du coup, j’ai dû arrêter le rallye, mais j’ai recommencé à travailler dès que possible. J’ai travaillé avec des écoles de pilotages, un peu dans l’immobilier, ce que j’avais déjà commencé avant l’accident et j’ai ouvert un garage, RM Autosport.
À partir de 1998, j’ai eu quelques propositions pour revenir en rallye, dont celle de Suzuki, qui était intéressante. Mais tu sais, je suis un père de famille, la famille pour moi c’est très important et du coup, j’ai organisé un diner avec ma mère et mes deux filles pour leur annoncer que j’allais recommencer le rallye. Ma fille a vraiment très mal réagi, elle a commencé à pleurer et à me supplier de ne pas recommencer la compétition.

Cela m’a fait réfléchir, je commençais à gagner correctement ma vie avec le garage et il aurait fallu que je laisse un peu de côté ce business pour faire du rallye. Du coup, j’ai décidé d’écouter ma fille et d’arrêter la compétition, je ne voulais pas prendre le risque de perdre mes proches.

Raul MarchisioRaul Marchisio

Annonces Automobile : Pourquoi as-tu décidé de vendre des voitures ?

Raul Marchisio : En fait, je ne voulais pas vendre de voitures. RM Autosport je l’ai créé à l’origine pour gérer ma carrière et les activités autour. Un jour, un ami me propose de reprendre la location d’un local en face de la gare avec un loyer vraiment intéressant. Au début, je ne voulais pas faire de vente de voitures, mais l’occasion était incroyable. Donc j’ai pris la location en me disant que j’allais trouver quelque chose à faire avec. Pour ne pas laisser l’endroit vide, j’ai demandé à quelques amis d’amener de jolies voitures dans le show room. Étonnement, au bout de quelques jours, il y avait de plus en plus de personnes qui rentraient pour acheter les voitures. C’est comme ça que ça a commencé, au début je n’y connaissais rien, je ne savais même pas comment le financement fonctionnait. Ma première vente, ce fut une Saab 900 Turbo Cabriolet. Ensuite, j’ai réalisé que les voitures de sport et de collection me rapportaient beaucoup plus, j’ai donc décidé de suivre ce filon et d’acheter les voitures de mes rêves. En fait, j’avais la possibilité de posséder pour quelque temps des voitures qui m’ont toujours fait rêver, et le tout, en faisant du business, c’est un truc de fou.

J’ai eu de la chance, car mon réseau m’a permis de faire progresser mon business rapidement. C’est aussi un métier qui fait vivre des aventures incroyables. Un jour j’ai acheté plusieurs Ferrari dont une F40 et une F50 dans une ferme de montagne où elles avaient été un peu oubliées. Un autre jour, un gars voulait absolument acheter une Ferrari que je voulais garder pour moi. Au final, il m’a fait un chèque que je ne pouvais pas refuser, c’est complètement fou.Raul Marchisio

Mais tu sais, moi je n’achète pas avec seulement l’idée de revendre, je veux garder un peu les voitures que j’achète et pour certaines, je n’ai pas envie de les revendre. J’ai fait de bonnes affaires, mais aussi parfois de mauvaises affaires, c’est la vie. Moi, j’essaye de me faire plaisir avant tout, de dénicher la perle rare, de trouver des voitures qui racontent une histoire. Il n’y a pas très longtemps, j’ai eu l’occasion d’acheter deux Lancia Delta de Rallye dont une qui avait fait le rallye de l’Acropolis avec Auriol et le plus fou, c’est que j’étais monté dans cette voiture à l’époque, c’est à dire il y a 30 ans.

Mais je vais te dire, même si je me fais plaisir, je garde les pieds sur terre, j’ai été éduqué à la dure avec mon père, je suis ambitieux, mais je travaille beaucoup, car tu n’as rien sans travailler. La course, ça m’a donné le goût de me surpasser, d’aller de l’avant, mais toujours en gardant la tête sur les épaules.

Raul Marchisio

Annonces Automobile : Quel est le secret de votre énergie et de votre enthousiasme ?

Raul Marchisio : C’est facile, je prends la vie comme elle vient. J’étais adolescent dans les années 80, nous n’avions pas de smartphone, pas d’internet, mais nous étions heureux, nous avions tout ce dont nous avions besoin. Ensuite, j’ai quasiment toujours fait ce que je voulais. je rêvais de faire de la course automobile et j’en ai fait. J’ai fait ce qui me plaisait et j’ai bien gagné ma vie en me faisant plaisir. Je peux dire que la vie a été généreuse avec moi et comme je n’ai jamais fumé et jamais bu d’alcool, j’ai vraiment pu en profiter. En fait, je suis l’homme le plus heureux du monde, je suis passionné de voitures depuis toujours et j’ai eu la chance de posséder les plus belles voitures du monde. J’ai eu trois épouses et j’ai quatre merveilleuses filles dont une qui partage la même passion et qui travaille avec moi, qu’est-ce que je peux demander de plus ?

Raul Marchisio
 

Le Mag' Annonces-Automobile

En kiosque actuellement