Haute Fidélité

Haute Fidélité

Artiste «touche à tout», évoluant du monde du graphe à celui de la musique, celui que l’on surnomme «Le Tone» est devenu, par d’improbables hasards de la vie, animateur phare de l’émission culte «Top Gear». Rencontre avec cet électron-libre, toujours fidèle à ses passions…

C’est emmitouflé dans un grand manteau, bonnet enfoncé sur la tête, que Le Tone m’apparaît Place Blanche, au pied du célèbre Moulin Rouge. De «moulin», il va en être justement question puisqu’il incarne le truculent personnage du «Tone» dans la version française de l’émission culte automobile «Top Gear». Cela fait 8 saisons déjà qu’on le retrouve aux côtés de ses compères, Philippe Lellouche, Bruce Jouanny et – depuis 2 ans maintenant – Luc Alphand, qui a rejoint la bande. Un quarté gagnant qui fédère jusqu’à 1 million de téléspectateurs à chaque diffusion ! Mais avant d’en arriver là, Le Tone a connu 1000 vies. Bon, j’exagère un peu, mais disons plusieurs vies, en s’intéressant d’abord dès la fin des années 80 au… rap. Une musique bien particulière, avec son univers et ses codes.

«J’étais au lycée, et le rap était encore marginal. Comme moi en fait ! J’aimais bien cette musique rythmée venue d’ailleurs, mais aussi toute la street-culture qui gravitait autour, notamment les graphs. Et comme j’adorais dessiner…». Le Tone prendra ce train en marche et se trouvera vite à la croisée du monde de la musique et du dessin, en élaborant d’abord des pochettes pour des groupes de rap, puis en composant lui-même, d’abord un album de Hip-Hop, que personne n’a voulu, puis un morceau instrumental au rythme entêtant qui sera vendu à plus de… 400 000 exemplaires ! «C’était «Joli Dragon» composé en 1999 à la naissance de ma fille, et c’est devenu un tube de la «french pop» signé chez le label Naïve, qui m’a fait vivre pendant plus de 10 ans !». Fort bien me direz-vous, mais la voiture là-dedans ? Attendez, on y arrive !

«Comme de nombreux mecs et rappeurs, j’ai toujours aimé l’automobile, mais pas forcément pour les mêmes raisons. Mes débuts furent bien modestes, puisque permis en poche - assez tardivement à 24 ans - j’ai dû me contenter de récupérer la vieille Peugeot 104 de mon grand-père ! Ce qui me plaisait d’abord dans la voiture en général, outre le fait qu’il s’agisse d’un formidable outil de liberté, c’était le design et le plaisir de conduire, voire même celui du pilotage». Après avoir essoré cette brave 104, Le Tone s’est acheté sa première «vraie» voiture, une BMW E30 325i d’occasion, totalisant déjà 200 000 km. «J’ai adoré cette voiture et je l’ai gardé 5 ans avant de la plier à une intersection : un type m’a fait un refus de priorité !». A cette époque, question priorité pour le Tone, c’était plutôt de trouver l’inspiration pour son prochain disque, en partant à l’autre bout du monde. «Je suis parti voyager un mois en Inde. Un choc ! Je suis revenu avec un nouveau disque, mais il n’a pas du tout rencontré son public. A l’époque, je n’avais plus un rond». Cela a été un moment charnière dans sa vie, Le Tone arrêtant alors la musique pour se concentrer sur le dessin, son autre passion.

Et il va être à nouveau question… d’intersection, mais sans accident cette fois ! «Grâce à un ami de lycée, je suis entré à la rédaction d’Intersection. Je devais produire pour la revue une petite BD qui trouvait sa place à chaque numéro, et qui intéressera un agent d’illustrateurs avec qui j’ai bossé durant 5 ans. Ce beau et épais magazine automobile, complètement hors des codes, avait tout d’un OVNI en employant des photographes de modes, qui bossaient en argentique avec un regard forcément différent, pour produire des sujets vraiment décalés. Je m’y suis senti tellement bien que j’ai débordé sur la photo et le journalisme et je suis même devenu rédacteur en Chef !». Et c’est sur les conseils d’un autre ami avec qui on avait monté la Caterham Academy, Alexandre Lazerges, du magazine GQ, que je me suis retrouvé inscrit pour participer au casting de Top Gear. Le début d’une sacrée aventure ! Mais avec près de 200 candidats ultra-motivés ayant répondus présent, et en arrivant de surcroît en retard les mains dans les poches, notre trublion du PAF était mal parti…

Les derniers seront les premiers

«Le fait de me pointer bon dernier au casting a finalement été une chance, car j’ai pu voir ce que les autres faisaient. Il y avait un test de conduite sur une Lotus Exige, sur circuit, et tous se crachaient dans les mains pour claquer «un temps». J’ai pris le contre-pied en roulant à 50 km/h coude à la portière, en disant que cette caisse était naze pour telle et telle raison, et ma démarche anticonformiste a plu ! Et j’ai au contraire plébiscité une modeste Fiat Panda que tout le monde descendait, en disant pourquoi elle était géniale. Mon esprit à contre-courant a séduit les producteurs, et j’ai été engagé !». C’est ainsi que notre homme se retrouve sélectionné avec le comédien Philippe Lellouche, encore plus étranger au monde automobile, le pilote Bruce Jouanny venant compléter le trio, en apportant la «caution pilotage», pour tester à la limite les super-sportives, quand ce n’est pas le fameux Stig qui s’en charge. Car c’est d’abord ça Top Gear, un magazine de divertissement vraiment décalé, qui ne se prend pas au sérieux, à l’instar des traditionnelles émissions comme «Turbo» ou «Auto Moto».

Ce qui n’était en revanche pas prévu, c’est qu’une solide amitié se noue entre les trois compères. «Dans la vraie vie, on est vraiment proches, même si l’éloignement géographique avec Philippe, fait que je le vois moins souvent que Bruce. Et vu que je pilote par passion, à mes heures «perdues» (NDLR : sur Caterham, puis sur Midget), Bruce me dispense régulièrement de supers conseils pour progresser. C’est un super coach ! Je suis hyper fier d’avoir gagné en Midget (240 ch pour 800 kg !) ma première course l’année dernière. Cela a été un des plus beaux moments de ma vie ! Quant à Philippe, même si c’est une tanche au volant, il nous a appris à être plus naturel devant la caméra, rendant les séquences plus sympas et réalistes». Quand il ne courre pas derrière le chronomètre, ou qu’il enfourche son vélo de course pour dérouler du kilomètre (une autre de ses passions), Le Tone consacre une soixantaine de jours par an aux tournages de Top Gear, une émission où il se sent de plus en plus impliqué. «C’est très cadré, et au début, on découvrait un peu le jour le jour ce qu’on devrait faire, ou dire, sans trop avoir de latitude, ce qui était frustrant. Les journées sont longues, la logistique lourde, car il faut savoir qu’il y a en permanence près de 25 personnes par tournage autour de nous. Maintenant, on a trouvé nos marques et on commence à donner notre avis, et à écrire certains scripts, et ça, c’est très motivant».

Touche-à-tout

Malgré cette belle alchimie, la production a pris le risque de faire rentrer un 4ème larron dans la bande, en la personne de Luc Alphand, un virtuose des trajectoires tant à ski, qu’en voiture. «Il est arrivé en 2020, et c’est une super recrue. D’emblée, il s’est bien intégré au groupe et on s’entend tous très bien. On va bientôt attaquer le tournage de notre 8ème saison, et tant que ça se passe comme ça, c’est super». Au-delà de Top Gear, Le Tone a plaisir à parler plus sérieusement d’automobile, à travers l’émission «Rétromania» qu’il présente sur «Auto Moto la chaîne» (NDLR : ex AB Motors). «J’y suis allé grâce à Thomas Bastard, qui est venu me chercher. Là, je remonte le temps au volant d’anciennes voitures, et on décortique le passé de grandes marques. C’est une approche différente et passionnante». Il est ainsi Le Tone, toujours là où on ne l’attend pas, à poursuivre son petit bonhomme de chemin, en se laissant porter par les événements et les hasards de la vie. Tout en restant lucide sur la chance d’être mis en lumière à travers le petit écran, ce qui a changé positivement son quotidien.

«J’ai désormais des opportunités que je n’avais pas avant, et j’ai moins tendance à regarder en fin de mois ce qu’il me reste sur mon compte en banque». Une situation plus confortable, qui a permis au Tone de réaliser quelques rêves… «Je me suis racheté il y a 10 ans, quand elle n’était pas encore recherchée, la même BMW E30 que j’avais explosé, une 325i de seulement 78 000 km. Et grâce à Top Gear, j’ai pu dernièrement me payer la Fuego la plus chère du monde : une Porsche 968 que je remets progressivement à neuf !».  Touche-à-tout de talent, et multicartes, Le Tone se projette déjà à travers la 9ème saison de Top Gear qu’il s’apprête à attaquer, et caresse le rêve d’exposer ses illustrations et dessins, un projet plus personnel qui lui tient particulièrement à cœur, lui qui se définit d’abord comme un artiste. Finalement, voilà des activités qui rythment depuis quelques années déjà le quotidien du Tone, un personnage haut en couleur (comme ses tenues !), adepte malgré-lui d’une certaine Haute Fidélité !

Par Thomas Riaud, photos Etienne Jeanneret

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