L’impact de la crise du Coronavirus sur le marché automobile

L’impact de la crise du Coronavirus sur le marché automobile

L'apparition et la prolifération du Coronavirus a créé une des plus grandes crises sanitaires et économiques que notre monde ait connu. À ce jour, le coronavirus est responsable de plus de 600,000 décès dans le monde. Les pays du monde entier ont cherché tant bien que mal à contenir cette épidémie et la solution du confinement des populations s’est vite mis en place. Ceci a conduit à une situation inédite : le confinement de 3,7 milliards de personnes dans le monde. Grâce au corps médical, que nous nous devons de féliciter ici, ceci a fortement contribué à sauver des vies et à mieux gérer la crise sanitaire, tandis qu’une crise économique mondiale commence à apparaître.

Depuis le début de la crise du Coronavirus, aucun pays et aucun secteur d’activité n’a été épargné. L’automobile dans sa globalité a beaucoup souffert de cette crise : arrêt de l’activité, baisse des ventes, plans économiques etc. Nous vous proposons dans ce dossier complémentaire de faire un premier bilan des séquelles de la crise que nous traversons. D’un point de vue événementiel (I) aux difficultés industrielles des constructeurs (II), nous aborderons les aspects les plus importants de cette crise en France. Une crise touchant le secteur automobile que le gouvernement a cherché à amoindrir avec un plan de relance dédié (III) et un certain succès, il faut le reconnaître.

Toutefois, n’oublions pas que les crises ont toujours une fin. Peu à peu, les choses s’améliorent et les signaux virent au vert. Avant la crise, le secteur automobile était déjà en pleine mutation, avec une transition marquée vers l’électrification. Aussi, la crise a vu apparaître de belles choses : les constructeurs qui se sont mis à fabriquer du matériel médical, ou encore les cartes de solidarité pour les routiers, sans qui l’économie serait tombée. Comme toujours, le secteur automobile va s’adapter et évoluer, en phase avec les nouvelles tendances et habitudes.

I - L’annulation des événements

Les salons automobiles menacés

Les prémices des effets du Coronavirus sur le monde de l’automobile ont débuté fin février 2020, avec l’annonce de l’annulation de la 90ème édition du Salon Automobile de Genève (GIMS) moins d’une semaine avant son début. La décision d’annuler le salon a été prise par les organisateurs suite à une décision des autorités suisses. C’est ainsi que débutent les premières secousses de la crise.

Cependant, l’annulation de l’édition 2020 du Salon automobile de Genève a eu des conséquences bien plus grandes puisqu’un report a vite été écarté. En effet, les organisateurs se sont trouvés face à la réticence des constructeurs pour une édition en 2021. Les enjeux financiers d’un tel événement ont poussé les organisateurs à demander un prêt au canton de Genève, qu’ils ont fini par refuser puisque ce prêt était soumis à la condition qu’un salon soit organisé en 2021.

Le Salon de l’Automobile de Genève était donc annulé en 2020 et en 2021, tandis que son existence même est désormais remise en question. La vente par les organisateurs des actifs du Salon au Palexpo semble déjà avoir été actée. Cette crise a donc contribué à compromettre l’avenir du Salon de Genève, tout en signant ce qui semble être la fin des salons traditionnels.

En effet, ces derniers étaient en perte de vitesse depuis des années. Trop chers, trop longs, peu adaptés aux exigences des constructeurs, les salons automobiles traditionnels semblaient déconnectés de l’évolution du monde automobile. C’est d’ailleurs pour cela que de plus en plus de constructeurs n’y prenaient plus part, comme Volvo. Récemment, le constructeur italien Lamborghini a même annoncé mettre fin à leur participation aux salons automobiles pour se focaliser sur des événements privés et centrés sur leurs clients. Sans doute les premiers d’une longue liste à venir. Par ailleurs, une étude récente met en exergue le désintérêt du public allemand pour les salons automobiles traditionnels. Alors que le Salon Automobile de Francfort devrait migrer à Munich en 2021, difficile d’imaginer un franc succès.

Evénements auto et sports mécaniques

Les salons automobiles ne sont pas les seuls concernés par la crise du Coronavirus. Tout un tas d’organisateurs d’événements automobiles ont été contraints de reporter ou annuler leurs manifestations. C’est le cas des Cavalcade de Ferrari, des 24 Heures du Mans, du Goodwood Festival of Speed ou encore du Rallye annuel de Koenigsegg. Tout un tas d’événements automobiles divers et variés, qui permettent de vivre cette passion qui nous anime, sont incertains.

Prenons l’exemple du Tour Auto, initialement prévu en avril et reporté au 31 août / 5 septembre 2020. Pour le moment, malgré quelques désistements, il semblerait que la majorité des concurrents inscrits n’ont pas annulé leur participation. Toutefois, nous ne sommes pas à l’abri de nouveaux rebondissements. La logistique d’un tel événement nécessite des hôtels, des services de traiteurs ou de mécaniciens. Seront-ils en mesure de faire leur travail correctement dans le cadre des mesures sanitaires ? Puis vient la question des ressortissants étrangers qui souhaiteraient prendre part à la manifestation. En effet, la France ayant instauré des interdictions d’entrée sur le territoire, pourront-ils voyager librement, selon le pays d’où ils s’envolent ? Beaucoup d’incertitudes et de questions sans réponse restent en suspens. D’ailleurs, avec des justifications allant en ce sens, le groupe BMW, qui est organisateur de la Villa d’Este, a décidé d’annuler à la mi-juillet ce concours d’élégance très prisé. Celui-ci se tiendra finalement en 2021.

Quant aux sports mécaniques, eux aussi ont subi de plein fouet les restrictions imposées par le confinement et les difficultés liées à la crise. Tous les championnats internationaux ont été arrêtés ou reportés, que ce soit l’Indycar, le WEC, le Rallycross, la Formule E ou encore le WRC. Mais n’ayez crainte, tous ces championnats reprennent bientôt, la plupart dès la rentrée. Prenons l’exemple de la Formule 1, dont la saison était censée démarrer à Melbourne en Mars. Après bien des hésitations, le Grand Prix a finalement été annulé, malgré les enjeux financiers colossaux. 

Suite à de nombreux mois de tergiversations, les organisateurs de la Formule 1 ont réussi à dégager un calendrier prévisionnel. La première course s’est tenue le 5 juillet en Autriche et a été remportée par Valtteri Bottas. Les passionnés étaient ravis de retrouver leur sport fétiche… devant leur télévision. En effet, les gradins étaient vides, compte tenu du contexte sanitaire et des mesures de distanciation sociale. Par ailleurs, cette course a mis en évidence de nombreux soucis mécaniques ici et là, preuve des difficultés qu’ont eu les écuries à s’adapter et à faire face aux nouvelles normes.

II - L’industrie auto au ralenti

La survie des constructeurs

Les constructeurs automobiles ont eux aussi été fortement impactés par la crise. L’arrêt de l’activité a eu des conséquences directes sur leur santé financière. Le secteur auto était en pleine mutation, et avait initié des investissements massifs pour l’électrification de leur gamme. Le déclin de l’économie a donc durement touché les constructeurs automobiles, qui ont presque tous vu des pertes financières et se sont vus obligés de procéder à des mesures drastiques pour faire des économies, des restructurations ou encore des appels au financement.

L’arrêt des usines et de l’industrie a été très difficile pour les constructeurs. Ceci dit, la France s’en sort plutôt bien grâce aux mesures de chômage partiel très favorables. Cependant, le redémarrage parfois poussif et lent a lui aussi été source de complications : l’industrie automobile s’attend à une forte baisse de volume sur les années à venir. Chacun réagit comme il peut, comme Volkswagen qui gèle les embauches jusqu’à fin 2020. La question du respect des normes sanitaires a par exemple conduit à la re-fermeture de certaines usines françaises. La généralisation du télétravail en période de confinement a également chamboulé le fonctionnement de l’industrie toute entière. 

La crise n’a laissé personne indemne. Le groupe McLaren était en situation financière grave, et avait même hypothéqué le MTC (McLaren Technology Centre) à Woking et sa collection de véhicules historiques. McLaren a finalement été sauvée début juillet par la Banque nationale du Bahreïn, avec un prêt de 186 millions d’euros.

Les difficultés rencontrées ont également remis en pause certains projets ou partenariats en cours ou futurs. Prenons l’exemple du centre de développement de BMW et Mercedes sur la conduite autonome et le parking automatique, qui a été mis à l’arrêt pour le moment. Quid du projet de fusion des groupes FCA et PSA, annoncée début 2020 (et dont l’entité se nommera STELLANTIS) ? Quand bien même la Commission Européenne se donne jusqu’au 22 octobre pour se prononcer sur la fusion, difficile d’imaginer que la crise du Coronavirus n’a pas chamboulé la stratégie des deux groupes.

Dans le pire des cas, les difficultés économiques des acteurs conduisent malheureusement à certaines décisions dures, mais souvent nécessaires. De nombreux constructeurs se sont vus contraints de licencier des effectifs : Aston Martin, McLaren, Bentley (presque un salarié sur quatre) et bien d’autres.

Quant au groupe Daimler, il aimerait vendre son usine française, censée produire la Mercedes électrique EQA afin de rationaliser leur production. Cette annonce est une véritable désillusion pour les nombreux employés français du site. Le groupe Daimler envisage également de baisser les salaires de ses employés, notamment des cadres. D’autres marques déposent carrément le bilan, comme le légendaire fabricant de jantes BBS, qui devra restructurer la société et négocier un accord avec ses créanciers.

Les ventes en baisse

Le confinement a forcément eu un impact sur les ventes de véhicules, et nous nous attendions à une baisse généralisée. Une récente étude indique que les ventes de voitures neuves ont reculé de 38% au premier semestre en France. Les immatriculations ont même baissé de 89% en avril, à cause du confinement, à la fermeture des usines et à l’arrêt de la production et des livraisons.

Tous les constructeurs sont concernés par la baisse de leurs ventes de véhicules, mais certains s’en sortent mieux que d’autres. Comme toujours, il y a des gagnants et des perdants. En France, les marques françaises tirent leur épingle du jeu : tandis que Renault (-34%) ou Peugeot (-37%) réussissent à sauver les meubles, d’autres comme Jaguar (-64%) ou Jeep (-68%) ont vu rouge avec des chutes vertigineuses.

De plus, les français se sont davantage rués sur les véhicules d’occasion lors du déconfinement (+27,6% par rapport à la même période en 2019). Les bonnes affaires mises en place par les concessionnaires en France ont permis de redynamiser la vente des véhicules d’occasion.

Un autre détail qui a ralenti la vente des véhicules neufs : la fermeture des concessions automobiles à la mi-mars. En ce sens, PSA annonce fermer 11 concessions en région parisienne, sur les 36 que compte actuellement le groupe. Une décision compréhensible compte tenu de la politique anti-voiture à Paris, mais qui a été accélérée par la crise du Coronavirus. Paradoxalement, et en totale opposition avec ce qu’il se passe, la nouvelle concession McLaren Paris a ouvert ses portes cet été. Comme souvent, en période de crise le luxe se porte toujours mieux. D’ailleurs, Ferrari n’a pas forcément connu de problèmes en matière de ventes de véhicules pendant la crise.

Bonne nouvelle : l’activité repart petit à petit, avec une légère hausse au mois de juin (+1,2%), sans doute aidé partiellement par le plan de relance du secteur automobile.

III - Le plan de relance

Ceci n’est un secret pour personne : la filière automobile française connaissait des difficultés bien avant la crise du Coronavirus, avec notamment l’anticipation des futures normes européennes en matière d’émissions de CO2, qui compliquent grandement les marges de manoeuvres des constructeurs. La crise du Coronavirus est venue rajouter une couche supplémentaire de difficulté. Pour faire face, le gouvernement français a cherché à redynamiser le secteur automobile grâce à un plan de soutien de 8 milliards d’euros, annoncé fin mai et contenant de nombreuses mesures.

De nouvelles aides à l’achat ont été mises en place. La prime aux véhicules électriques atteint désormais un maximum de 7000 euros (2000 euros pour les véhicules hybrides, et 5000 euros pour les entreprises). Un coup de pouce qui n’est pas passé inaperçu puisque de nombreux constructeurs français sont bien avancés sur la voie de l’électrification. D’ailleurs, le deuxième semestre 2020 a été marqué par une forte augmentation de la part de marché des véhicules électrifiés (hybrides ou 100% électriques). 

Cependant, l’infrastructure dédiée aux véhicules électriques en France n’est pas encore optimale. C’est sans doute pourquoi un fond d’investissement de 600 millions d’euros a été créé, pour favoriser le développement des infrastructures. Les grands groupes français ont également été incités à relocaliser leur production en France et à augmenter leur production de véhicules électrifiés.

Une amélioration de la prime à la conversion (également appelée “prime à la casse”) a aussi été décidée, elle concerne les français avec un revenu fiscal de référence inférieur à 18,000 euros net, avec une aide à hauteur de 3000 euros (5000 si véhicule électrique). Toutefois, bien que cette aide à la conversion exceptionnelle a sans doute contribué à booster les ventes, elle ne concernait que les 200,000 achats à venir. Par ailleurs, 125,000 demandes de prime à la conversion ont déjà été effectuées à la mi-juillet et devraient être épuisées fin juillet (estimations). Preuve que le mécanisme a marché. Le gouvernement ne semble pas réfractaire à l’idée de prolonger dans le temps cette prime, tout en la remaniant légèrement pour la rendre moins généreuse que lors de sa mise en place le 1er juin.

Par ailleurs, la France est le seul pays européen à présenter un bilan positif (+1,2%) pour le mois de juin. Preuve que la stratégie française, avec un gros plan de relance et des investissements massifs a été positif et que les mesures mises en place ont marché, permettant, entre autres, de faire au mieux pour sauvegarder des emplois.

Le secteur automobile tourne donc au ralenti, mais reprend des forces avec le temps. Cette crise a entraîné des changements structurels et stratégiques pour les différents acteurs, et beaucoup sont encore très fragiles Une chose est certaine : la transition vers l’électrification du parc automobile français semble s’être accélérée, tandis que les mobilités partagées semblent avoir pris un coup de massue. En effet, compte tenu des nouvelles habitudes de distanciation sociale, peut-être que cette crise va faire évoluer les positions sur certains sujets, comme les transports en commun ou le covoiturage. La voiture personnelle semble plus que jamais être un bon investissement.

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